22 octobre 2007
A la fac je... me les gèle.
Rarfeuh fucking monday morning moi je dis >_<
Enfin
installé sur stras depuis une semaine, une première crémaillère fort
animée samedi soir, une vie sociale tellement en expansion qu'elle
prend le pas sur les cours, une coupure d'eau pendant toute la nuit, un
grondement qui me fait bondir du lit à 10 heures ce matin, qui n'était
autre que... mon antique chasse d'eau qui pour fêter le retour de l'eau
s'était allumée à blinde, une Fred qui me plante en néerlandais, un
froid polaire depuis jeudi dernier... et toujours pas de chauffage à la
fac. En plus j'ai la dalle mais impossible d'avaler quoi que ce soit.
Sa mère ce que j'ai froid. Imaginez, emballé dans mon énorme manteau
d'hiver, à tuer le temps en squattant le wifi dans l'aula du Patio (au
lieu de bosser mes cours sur lesquels j'ai pris un retard
catastrophique), je grelotte. Moi. Et accessoirement je matte. Il doit
bien faire -15 là-dedans. Et pourtant il fait un temps superbe, haha.
Y'a vraiment un truc qui tourne pas rond. Ou alors c'est moi. Bien sûr
que c'est moi. ^^
Putain comme j'aime pas être seul >_< La
Camille a intérêt à venir en CM de grammaire et linguistique allemande
(hein que ça fait envie ? u_u ) sinon je la (/me?) flingue. Hé bé, moi
qui rêvais d'avoir froid, je suis servi. Bon, faut que j'arrête de pas
aller en cours sinon je vais sérieusement mettre en danger mes chances
d'avoir mon semestre. Si seulement les journées avaient 30 heures et
les semaines 10 jours, je pourrais peut-être tout faire à fond. Mais
là, anglais+musicologie+UE de majeure d'allemand+ piano + taff, je dois
dire que je sature un peu. D'ailleurs il paraît que j'ai un balais dans
le cul et que je me prends pour je sais pas quoi parce que j'ai demandé
aux gens de se taire dans un amphi, d'après ce qui se dit sur le blog
de gens de ma promo d'anglais. C'est bien, j'avais besoin de ça vu
l'état de mon moral ; heureusement que depuis la terminale je me suis
un petit peu blindé, maintenant ça m'empêche plus de dormir. Pi
heureusement que j'ai des amis : une des grandes différences avec la
terminale, c'est que maintenant je suis convaincu que mes amitiés sont
réelles et que les gens sont autant là pour moi que je le suis pour
eux. Et je commence tout doucement à me faire à l'idée que je ne peux
pas être apprécié de tout le monde. L'altruisme, ça peut vous bouffer,
c'est dingue. Mais bon, faudra bien qu'un jour je cesse de me prendre
la tête parce qu'il y a des gens qui ne peuvent pas me voir et que je
réalise que ce n'est pas de ma faute, que c'est comme ça et surtout que
c'est pas grave. Problème fondamental : penser un peu à moi quitte à
déplaire, ou m'accomoder des autres et essayer d'être agréable avec
tous? Solution : trouver un compromis. La nature et le degré du
compromis : nouveau problème. On dirait que j'ai un peu évolué depuis
quelques années : maintenant je suis passé du premier au deuxième degré
du problème. Ménager tout le monde, ça a toujours été ma préoccupation
; penser un peu à moi, ç'en est une qui a peu à peu fait son
apparition. De toute manière ménager tout le monde est bien utopique.
Peut-être est-ce mon utopisme et la manière dont il s'exprime qui
déplaît à certains. Ou ce que je suis, simplement. D'ailleurs, ce que
je suis? vaste question dont je pense connaître moins moi-même que
certains de mes amis.
C'est un vrai congélateur, cette fac. On
pourrait suspendre des jambons et des saucissons au plafond de l'aula,
histoire d'utiliser l'espace.
Angoisse de la page blanche,
compromis, essence de ce que je suis, hormones, frustrations,
procrastination, trous de mémoire, démotivation, fatigue, chilled to the
bones, désirs contradictoires, hésitations, incertitudes... et pourtant
espoir inébranlable. Il me sauvera toujours, celui-là. Je l'espère.
J'écoute du Mika, ça fait un bien incroyable au moral.
J'ai le bout du nez glacé. Pensées du midi, soucis.
Et pourtant, je souris. Sincèrement, même. Même dans le pire, même du pire je crois que j'arriverais à sourire.
Allez, zou, en grammaire !
07 octobre 2007
Elle me fera toujours rêver.
Petit souvenir d'une leçon de groupe avec ma prof de piano cet été :
(à une collègue) "Le premier scherzo de Chopin. Vous pourrez jouer ça à votre examen de fin de cycle."
Elle se met au piano : "Ca fait longtemps que je ne l'ai pas joué... je peux essayer? Allez, je ne suis pas bouddhiste, j'ai le droit de céder à la tentation !"
Elle rit. Et nous transporte.
Ecoutez...
Il suffit qu'elle essaie, c'est toujours de toute beauté, et déconcertant de facilité.
Parce qu'elle se tourne vers vous en souriant quand elle vous fait découvrir une merveille dans un morceau, sans jamais s'arrêter de jouer. "Ecoutez, comme c'est beau."
Parce que ce tout petit bout de Chinoise est un génie qui n'a cure de la célébrité, qui méprise le star-system et cherche seulement à faire partager son amour de la musique... et y parvient toujours.
"Je veux seulement faire de la belle musique", c'est son credo, celui d'une vraie artiste qui a tout compris, qui devrait être celui de tout musicien.
Parce qu'elle nous transporte quand elle se raconte, quand elle met des mots et des images sur la musique, quand elle voit le beau dans toute chose.
Parce qu'il y a des étoiles dans ses yeux quand elle nous fait écouter un beau disque ou quand elle parle de son maître Leon Fleisher.
Parce qu'elle sait toujours trouver la manière de nous faire avancer, parce qu'elle sait nous donner confiance et nous faire espérer.
Parce qu'avec elle tout semble plus facile. "Maintenant vous pouvez tout jouer, il vous suffit de prendre le temps qu'il faut."
Parce qu'avec elle le travail est un bonheur, une recherche de l'absolu, une recherche de soi, une action gratifiante et jamais vaine.
Et parce que si parfois on sort anéanti de son cours tant on se sent incapable, la fois suivante on en sortira gonflé de la vie et du bonheur qu'elle insuffle à volonté à travers la magie de la musique, de son monde de possibles et de son inexprimable pouvoir.
Pour toutes ces raisons elle est inouïe ma chance d'avoir croisé la route d'Amy Lin.
04 septembre 2007
Cette fille, je l'over-méga-surkiffe. (grâââve)
Pardon d'avance pour les écarts de langage, mais...

...cette fille ne cessera jamais de me trouer le cul.
La Bretagne avec toi, c'est comme un gâteau breton taille XXXXXL avec triple dose de confiture à la framboise.
Ma ZiZa, j'te kiffe gros comme ça =)
(8) Un jour j'irai en Bretagne avec toi, toutes les nuits déconner (...) (8)
Déclaration d'amour du soir, bonsoir. :p
C'est décidé.
Quand je vois la tronche de ce blog, j'ai de plus en plus l'impression de passer pour un post-ado dépressif. J'ai lutté pour ne plus l'être, je ne veux pas retomber dedans. Du jour au lendemain, alors que pourtant j'étais au plus mal, j'ai décidé de ne plus toucher à mes médicaments... De toute façon il ne me servaient plus à rien, autant en profiter pour essayer de m'en sortir tout seul sans molécules de synthèse. J'ai bien fait. Et même si je suis fragile, si j'ai toujours autant de mal à me trouver, au moins je me cherche au lieu de m'ignorer et de me fabriquer une image comme je le faisais avant ; au moins j'aime, au moins on m'aime pour ce que je suis... pour la question de ce que je suis, on repassera, ce n'est pas le propos. Pour changer, je m'égare. Tout ce que je voulais dire, c'est que malheureusement la tristesse est souvent plus inspirante que la joie : ainsi c'est le dépressif qui parle quand j'écris, alors que je suis en train de plus en plus de repasser du bon côté. Depuis des semaines les épisodes mélancoliques sont de plus en plus rares, je reprends espoir... en fait, je n'ai jamais perdu espoir, je suis un éternel optimiste et j'espère que jamais cela ne changera. J'espère autrement, peut-être, j'attends seulement ce qui peut se présenter -je disais déjà le faire avant, mais je crois qu'enfin je le fais en mon âme et conscience. Mon mot d'ordre à présent c'est vivre, profiter sans ces pensées interminables qui me gâch(ai?)ent la vie. J'ai très peu de convictions inébranlables : au lieu de continuer à m'en chercher, je vais vivre sans me poser de questions, vivre à l'instinct comme je l'ai toujours rêvé, profiter sans me laisser tourmenter par mon indécision ou ma morale - tant que je ne fais pas souffrir, cela va de soi.
Depuis quelques semaines, je peux dire que je vais bien, plus seulement en façade, mais au fond de moi, et la souffrance n'est plus qu'une passade de moins en moins fréquente.
Oui, j'ai vraiment été mal, ça paraît stupide à dire, j'ai tellement peu de raisons de l'être par rapport à tant de gens, mais maintenant je crache le morceau, je dis merde, je suis convaincu que je n'ai pas de raison valable d'être mal, ou plutôt de me gâcher la vie moi-même, car c'est bien là la cause de mon mal, moi et moi seul ; je cesse de penser, je vis.
J'écoute le Concerto pour deux pianos de Poulenc : parfois tendre et léger, rayonnant de plénitude, parfois un poil dramatique, mais jamais vraiment sérieux, et toujours éclatant, pétillant, surprenant, débordant d'humour... d'amour? au fond, c'est ça la vie. En tout cas c'est ce qu'elle devrait être. Tout est question de point de vue.
I-Allegro
II-Larghetto
III-Allegro molto
J'ai un espoir immense dans la nouvelle vie qui m'attend dans un mois : dans cette nouvelle vie, j'ai décidé de m'aimer.
02 septembre 2007
Bel Espagnol... - petit ange
"Une seule de tes paroles, Bel Espagnol, peut affecter chaque fibre de mon être
Peut me donner sens
Ou tout faire s'effondrer
Il est terrifiant, bel Espagnol, ton pouvoir sur moi
Celui que tu ignores, celui de me soumettre de mon plein gré
j'ai lutté contre moi, lutté pour ne pas avoir besoin de toi
j'ai cédé, sans m'en apercevoir
Je me suis laissé aller à nous rêver, à nous vouloir, à nous désirer à en crever ;
j'ai eu tort de te rêver mien, je le sais ;
J'ai si mal, malgré moi, de le faire encore..."
Plus de deux mois, déjà, que j'ai écrit ces quelques mots, des mots égoïstes, des mots clichés, des mots maladroits et laids, ceux que n'importe qui écrit quand le coeur fait mal sans prévenir.
Va savoir pourquoi, j'ai rêvé de toi cette nuit, et ce soir tu trottes dans ma tête, bel Espagnol.
Je repense à comme tu m'es tombé dessus lorsque je t'ai revu, après des semaines. Moi qui pensais t'avoir oublié, convaincu d'être passé à autre chose, je me souviens de ce coup que j'ai ressenti au plus profond de moi lorsque tu me l'as présenté ; de ma nausée pendant cette heure atroce au milieu de ces milliers de gens heureux, toi le premier. Si je m'étais douté...
Après en avoir perdu l'appétit pendant des jours à force de vous revoir encore et encore heureux tous les deux devant moi, de vous revoir vous embrasser, de te revoir rayonner à ses côtés, de vous imaginer faire l'amour à tout bout de champ, j'ai atteint un de ces fonds du désespoir duquel on ne peut que remonter. Ma tristesse si éphémère d'habitude s'est prolongée pendant des semaines. Mais l'habitude atténue la douleur, alors l'appétit est revenu, l'envie de vivre aussi ; j'ai commencé à fumer, j'ai voulu me réfugier dans les excès : on se fait du mal comme on peut. Je vais mieux, bien sûr, mais certains soir, comme aujourd'hui, je recommence à manquer d'espoir. Tu l'avais compris, tu étais un espoir pour moi, tu me sortais du vide, tu me faisais exister un peu. J'étais bien présomptueux de croire que j'avais réussi à ne pas tomber amoureux... comme si j'avais pu avoir cette force devant le merveilleux refuge qui s'offrait à moi quand je t'ai rencontré. J'ai lutté, pour ne pas avoir mal, au point de me convaincre moi-même, au point de ne même plus penser à toi, d'envisager ma vie comme si tu n'avais jamais existé. Cette douleur, ce n'était pas seulement celle de te savoir à jamais inaccessible, mais celle de me savoir si faible, d'avoir si peu de contrôle sur moi-même, sur les sentiments enfouis que je ne soupçonnais même plus. Mon besoin de toi, qui n'avait jamais cessé, et cette jalousie viscérale, jalousie de lui, qui avait réussi ce que je ne réussirai jamais... pire encore, jalousie de toi, une jalousie de celle qui engendre la pire des culpabilités : j'ai jalousé ton bonheur, le conte de fée qui enfin finissait bien pour toi, ce bonheur que tu avais tant mérité pourtant. Que j'ai eu honte... Que cette honte a amplifié mon mal... Que je me suis détesté, de ne pas t'avoir eu à moi, de l'avoir jalousé, de te jalouser toi, d'être si faible, si rien... J'ai rarement eu mal à ce point, je dois te l'avouer. C'est bien mon propre vide que je me suis pris en pleine face, avec plus de force que jamais.
Je me suis fait une raison, depuis le temps. Parfois je repense à cette amie à que j'ai dû forcer à se faire une raison à mon sujet, il y a un an. Je pense à sa douleur d'alors, j'ai l'impression de la partager un peu. Je repense aux mots si durs que j'ai dus lui écrire, si durs mais si nécessaires pour qu'elle puisse vivre ; je repense à ma culpabilité d'alors. Je me rends compte à quel point je suis bête de m'enfermer dans mon désespoir. Petit à petit je deviens blasé, je n'attends plus rien. J'ai cessé d'attendre quelqu'un qui me donne de l'espoir en la vie, je n'attends plus quelqu'un comme toi... les anges sont bien trop rares. J'ai décider de me réfugier dans l'activité, de vivre à toute vitesse, dans l'excès, mon espoir ce n'est plus quelqu'un mais la nouvelle vie qui m'attend dans un mois. Je n'attends plus un rayon de soleil comme tu as su l'être... si, malgré moi, bien sûr ; mais avant tout je veux vivre, qu'il vienne ou pas, après tout, peu importe. Une histoire aussi belle que la tienne ne peut arriver qu'à un ange... je n'en suis pas un ; je suis si stupide d'en rêver une pareille. Tu as tellement plus souffert que moi, tu mérites tellement plus ta belle histoire. J'ai honte de te la tacher rien que par ma pensée. Et ce soir je pleure en pensant à toi ; de ces larmes si rares, si douloureuses, si apaisantes ; de ces larmes qui expriment ce que mes mots désespérément médiocres ne parviennent pas à dire. Penses-tu parfois à moi? Quand te reverrai-je? Est-ce que j'existe pour toi? T'ai-je seulement déjà remercié?
Cette passerelle me rattache à toi, c'est drôle ; j'aimais y aller, me coucher sur un banc, sentir le Rhin s'écouler sous moi, en pensant à toi. C'était un lundi après-midi de mars, il avait même neigé cet après-midi là, j'avais marché pendant des heures sous les flocons humides et la pluie glaciale en pensant à toi, en t'écrivant que j'aurais pu, mais que je n'avais pas envie de te voir... je sais, je mens très mal.
Qu'il est bon de l'écouter pour pleurer, le Thème I de Saez, ça faisait bien longtemps...
... Qu'elle est grande, ma chance de t'avoir rencontré, par hasard, petit ange tombé du ciel pour illuminer la vie autour de toi, cabossé par la vie mais toujours aussi pur... Je suis bête de te demander ça, mais si tu te souviens des derniers mots que je t'ai dis en face, ils sont toujours aussi vrais... : s'il te plaît, ne m'oublie pas.
06 juillet 2007
Y'a des jours, c'est pas facile d'avoir dix-neuf ans.
Putain d'merde, qu'est-ce qui va pas?
je serais bien en peine de répondre exactement à cette question.
C'est peut-être juste que je ne me conviens pas. Hé ouais, j'ai régressé d'environ cinq
ans, j'en suis revenu à me rêver autre, à nous avoir en horreur ma vie et moi, certains
jours. Je voudrais avoir la vie de tous ces inconnus sur qui je pose un regard envieux,
même si en réalité elle ne doit pas être mieux que la mienne. Je m'évade en me rêvant
autre.
Je serais petit, et mince, si mince... je mesurerais un mètre soixante-dix pour soixante
kilos tout mouillé, on me trouverait mignon de fragilité, on aurait envie de me protéger.
Et puis on ne me donnerait pas mon âge.
J'aurais des cheveux châtains en bataille qui me tomberaient dans les yeux... ou alors de
magnifiques cheveux blonds, très longs et bouclés... mes yeux seraient bleus, bien sûr,
d'un bleu captivant. J'aurais un regard dans lequel viendrait s'abîmer quiconque le croiserait.
Je porterais des pantalons serrés qui mettraient en valeur des jambes magnifiques et qui tomberaient sur des Converse, taille 42, forcément.
En fait, je pourrais porter n'importe quoi, je serais toujours à l'aise dedans, et on me trouverait toujours magnifique.
Je pourrais m'empiffrer à longueur de journée sans prendre un gramme, mon corps serait parfait.
Je serais guitariste dans un groupe de rock, j'aurais la classe, et je ferais fondre n'importe qui avec une vraie voix de ténor.
Avec mon charme magnétique, solaire quoi qu'un rien ténébreux, je ferais craquer malgré moi hommes et femmes, je séduirais qui me plairait, je mènerais une vie de débauche quand bon me semblerait, je pourrais vivre le grand amour à volonté.
J'aurais de l'assurance, une répartie légendaire, je n'aurais pas ma langue dans ma poche sans être jamais vulgaire, sauf si l'envie m'en prenait, on me trouverait sympathique au premier regard, tout le monde voudrait être mon ami.
Evidemment, on me trouverait indispensable, on m'aimerait à la folie, et on n'aurait même pas à me pardonner, parce que je ne ferais rien de travers. Je réussirais tout, j'excellerais dans tout ce que j'essaierais. On ne pourrait presque rien me reprocher, et encore moins me détester.
Je n'aurais pas peur, je baignerais dans un bonheur sans tache, je rayonnerais et communiquerais ma joie de vivre tout autour de moi, et l'avenir serait sans le moindre nuage.
Retour à la réalité : je mesure un mètre quatre-vingt-cinq pour pas loin de quatre-vingt kilos, mon corps m'encombre, je m'empêtre sans arrêt dedans. Parfois il me fait honte, ce corps trop grand, trop lourd, sans grâce, avec sa virilité mal maîtrisée. On me donne plus que mon âge, un, deux, parfois cinq ans de plus !
Ma crinière, je ne peux pratiquement rien lui faire à part lui laisser vivre sa vie. Et encore, mes cheveux restent désespérément à hauteur d'épaules et refusent obstinément de pousser au-delà. Je les aime quand même, allez. Mes yeux aussi, même s'ils ne sont pas bleus, c'est marrant d'avoir des yeux qui changent de couleur selon l'humidité.
J'achète tous mes habits au moins une taille au-dessus pour cacher un peu mes rondeurs que j'ai en horreur, et je rentre tout le temps le ventre. Je galère pour trouver des chaussures taille 46, et en plus j'ai du poil aux pieds. C'est ballot.
Je maltraite mon corps, un coup à ne rien manger, un coup à me laisser aller et à grossir à vue d'oeil au moindre excès, je joue au yo-yo sans jamais être satisfait.
Je joue du piano, l'instrument solitaire par excellence. Je voudrais être un virtuose, je suis désespérément moyen. J'ai réussi à rentrer tout pile en troisième cycle au conservatoire puis, en travaillant pour rattraper mon retard, à passer en cycle de fin d'études. Pourtant je ne suis pas satisfait : la musique est là, en moi, telle que je la veux, et pourtant à travers mes mains elle ne parvient pas à passer, ou si peu, c'en est à pleurer de dégoût parfois, de tout ce qui reste enfermé, perdu, impossible à partager.
J'écris un peu, et c'est pareil : j'ai tellement de mal à trouver les mots pour exprimer ce que j'ai en moi, et quand je commence, j'ai tellement de choses à dire que je n'arrive plus à m'arrêter, et ça me fait si peur que bien souvent, je n'écris rien.
Je chante un peu, aussi. Dans les chorales, je suis ténor. Mais même si j'arrive à chanter juste, j'ai du mal à ce que ce soit beau : je ne suis pas un vrai ténor, je suis baryton. Alors je tire, je tire vers le haut de mon registre, je voudrais décoller vers les hauteurs de la tessiture sans y arriver, ça me frustre.
Je parle trop fort, je bafouille, je cherche mes mots, je parle trop, je suis tellement prolixe que j'oublie souvent ce que je voulais dire.
En général, à la première impression, on me trouve bizarre... au mieux.
J'ai une démarche bizarre, je suis souvent mal à l'aise, et ça se voit. Je me protège comme je peux en me cachant derrière mes cheveux, mais ça ne sert pas à grand-chose.
Je réussis mes études, mais parfois je me dis : à quoi bon?... Je cherche ce qui pourrait donner du sens, me donner envie de continuer. Alors je m'enferme dans le travail, je m'épuise, pour toujours avoir un but et ne pas ressentir ce vide atroce.
Je voudrais briller, impressionner tout autour de moi... je reste moyen, au mieux bon, mais jamais plus, désespérément en-dessous de la perfection à laquelle j'aspire.
Ma vie affective est proche du néant depuis bien trop longtemps, je n'ai pas besoin de mes deux mains pour compter les personnes qui m'ont déjà dit qu'elles me trouvaient beau... je n'ai jamais vécu de relation durable, j'ai toujours été celui qu'on larguait, parce que je m'attachait trop, trop vite. Parce que ces gens qui voulaient de moi représentaient un espoir dans mon océan de vide, je les ai moi-mêmes fait partir sans m'en rendre compte à force de les étouffer. Je n'avais pas compris que l'important n'étais pas tant séduire que donner l'envie de séduire. De déceptions en échecs, j'ai changé : j'ai appris à ne plus m'attacher, à ne plus rien attendre... au moins comme ça j'ai un peu moins mal. Je n'ai pas le cran de chercher quelqu'un à baiser, quoique je commence à considérer l'idée plus sérieusement : tant qu'à faire, autant avoir un peu plus que rien du tout...
Dans mes relations avec les autres, je suis souvent maladroit : parfois je fais mal, rien qu'en oubliant un détail. Et ma mémoire est affreusement lacunaire, au point que ça me terrifie. Pour compenser ma maladresse physique et morale, je m'écrase devant les autres, je me donne tout entier pour eux, parfois trop, à ce qu'on me dit, jamais assez de mon point de vue. On m'a fait si mal, sous prétexte que j'étais arrogant ou que sais-je encore, que depuis je me mets aux pieds des gens pour que plus jamais personne ne puisse penser autant de mal de moi, que ce mal qu'on m'a fait et qui me poursuit encore un an après ait été justifié ou pas, je n'en sais rien. Mon seul but maintenant est de me faire aimer, de me faire accepter, quitte à passer pour une bonne poire. Je suis prêt à tout endurer tant que je ne suis pas seul.
Tellement de "je" sur une même page, ça me fout la gerbe.
Alors quoi? Manque de nouveauté, manque de sexe, manque d'amour?
En fait, j'ai simplement peur de me retrouver vieux et fripé sans avoir rien vécu, j'ai la peur au ventre de voir le temps passer et de rater ma jeunesse, et surtout, de me retrouver seul. C'est peut-être ça, le coeur du problème.
Heureusement, j'ai des amis fantastiques qui me sauvent jour après jour du vide. Ceux-là qui me réveillent le dimanche à midi pour aller squatter un champ, ceux-là qui m'invitent à bouffer chez eux pour me remercier de mon coup de main à leur déménagement, ceux-là qui laissent une vingtaine d'appels en absence sur mon portable quand ils veulent me joindre, ceux-là qui ont juste parfois une petite pensée pour moi qui m'illumine malgré tout, ceux-là qui prêtent ou donnent sans compter quand je suis dans la merde, ceux-là qui ont toujours leur épaule prête à recevoir ma douleur, ceux-là qui me laissent plomber leur fête de la musique sans même m'en vouloir et qui me proposent même de pleurer contre eux pendant des heures au lieu de s'amuser, ceux-là qui débarquent à l'improviste le soir de mon anniversaire, ceux-là qui me comprennent et que je comprends au-delà des mots, ceux-là dont je partage la peine et qui partagent la mienne jusqu'à la faire presque disparaître, ceux-là qui avec qui on partage un amour sans borne de la vie, ceux-là qui sont de passage ou habitués de la première heure de mon pays, le Pilouland, refuge pour âmes perdues, terre d'accueil pour tous ceux qui le désirent, endroit fait unique par ceux qui viennent y passer quelques temps avec moi. Et tant d'autres encore.
Je me répète, je sais. Au fond, article après article je ne fais que répéter la même chose de façon différente : mon amour de la vie, ma peur, mon besoin d'être entouré, la joie sans bornes que me procurent les autres. Finalement, si l'on passe les détails, qu'est-ce que nous sommes basiques... tant mieux, peut-être, c'est assez compliqué comme ça.
[#] Terra Naomi - Say it's possible [#] (merci à Florence)
18 juin 2007
fucking birthday
Je repense au jour de mes dix-huit ans, il y a un an tout pile. Une des pires journées de ma vie, à sombrer dans la déprime, presque personne qui pense à moi, rien à faire, à traîner et à se sentir vieux. J'ai mis du temps à m'y faire, à mes dix-huit ans, plusieurs mois : ce que m'était tombé dessus, c'était que maintenant l'heure n'était plus à rêver mon futur mais à réussir mon présent, que maintenant j'avais atteint le moment que j'avais rêvé de tant de façons, et qu'il fallait agir, que je n'aurais qu'une chance. J'ai ressenti comme jamais la fuite du temps, le tournant entre l'enfance et l'adolescence qui tendent vers l'âge adulte, et celui-ci, qui descend doucement mais inexorablement vers la vieillesse et la mort, vers l'affadissement de toutes choses, la routine, l'ennui. Je me suis senti faible, impuissant, inutile, oublié.
Je n'avais absolument pas réalisé hier que j'étais à la veille de mes dix-neuf avant que François ne me le rappelle à la gay pride. Super, encore une journée de déprime en perspective, à sentir le temps glisser sans aucun espoir de le retenir, à se sentir plus vieux, plus lourd. Mon refuge, en ce moment, pour échapper à tout cela, c'est Bach. Travailler une fugue au piano capte l'attention, vide la tête pour la remplir de musique, le son du piano rayonne, la concentration sur les notes fait oublier tout le reste, ou parfois l'esprit divague agréablement, loin de tous soucis, ou tout près d'eux, mais avec tellement de légèreté qu'ils en perdent toute substance. Je me sens puissant, je peux me débarrasser de ma tension, de ma rage, de mon désespoir, de ma peur du vide, en jouant, aussi bien qu'on le ferait en criant.
Je déteste mes anniversaires.
En règle générale.
Hier après-midi, les filles qui insistent pour que j'organise une soirée pour mon anniversaire.
Hier soir Elodie qui se réveille au milieu du film pour vérifier qu'il était plus de minuit et qui se jette sur mon pour me souhaiter un bon anniversaire, suivie de Bobo.
Ce soir, après une après-midi bien morose, sous un soleil écoeurant, pire qu'une grosse averse, heureusement, des gens ont illuminé ma soirée.
Christian et Tef, qui débarquent comme prévu à dix-neuf heures... puis quelques minutes plus tard, la porte qui s'ouvre, des voix, et Iza et Dimitri qui débarquent en face de moi, complètement à l'improviste, avec des cadeaux à la con emballés avec amour dans des tonnes de pub et de papier journal, aux thèmes choisis avec soins.
Puis c'est Elodie qui arrive, et un peu plus tard voici Bobo.
Christian et Tef m'ont préparé un gâteau d'anniversaire inédit... un saladier de mousse au chocolat avec dix-neuf bougies plantées dessus :)
Elodie tente de négocier par intermédiaires avec ma petite soeur pour lui soutirer un poster de Tokio Hotel.
Un peu de THC partagé, des gâteaux avec des messages ambigus écrits dessus, des bretzels, un peu à boire, à parler, parler... de quoi déjà? D'hier, de l'an prochain, de nous, de Shrek, à rire, à jouer avec les bébés rats... peu importe, il est tard maintenant que j'écris. Le temps s'arrête pour quelques instants de bonheur.
Stéphanie et Christian nous quittent pour aller se coucher, Elodie suit, me voilà seul avec Bobo, pas pour longtemps. Deux brutes frappent bientôt à ma fenêtre. Ce sont David et Florence, Florence qui s'excusait une demi-heure plutôt de ne pas pouvoir sortir et David injoignable !
Vers minuit, Bobo est rentré se coucher, nous restons tous les trois, à parler de nos histoires, à parler sentiments... ou détails techniques, à fumer, à être ensemble, à être bien, jusqu'à plus de deux heures...
De surprise en surprise, mes amis m'ont encore sauvé du vide. Je suis si bien avec eux. Ils me font vivre.
Ma jeunesse file, mais avec eux j'ai l'impression que je ne la rate pas tant que ça. Avec eux j'ai l'impression d'avoir un semblant de place quelque part, de ne pas être inutile, d'exister un peu plus. Merci à vous, infiniment, vous qui avez été là, ou aux autres qui pensent à moi de temps en temps, vous qui me faites tous respirer. Lyrisme mélodramatique fin, je vais me coucher. Si vous saviez comme je vous aime et comme vous m'êtes précieux.
Ma came préférée, ce sera toujours vous.
09 avril 2007
C'est quand le bonheur?
... Et si c'était maintenant?
Vendredi 6 avril
Vers 14h30, un toc-toc à ma fenêtre, des voix dehors, la tierce majeure de la sonnette me parviennent dans un demi-sommeil. La porte de ma chambre s'ouvre, j'entends Tef qui m'appelle de sa douce voix : "petit pédé d'amouuur, on se réveiiiille..." Je réponds par une phrase du genre "putain d'merde" et rabats le drap sur ma tête enfoncée dans l'oreiller. Puis c'est Christian : "Pilouuu, on a du chocolat... [stimulus d'envie dans mon cerveau mais pas suffisamment puissant]... on a des balles et un mono... [nouveau stimulus, je commence à me réveiller]... on a une Karotte à chercher... [je commence à considérer avec intérêt l'idée de sortir du lit]... on a un Doudou pour embêter Karotte !" "Ouééé !", je me redresse d'un bon. Chris me file une tablette de chocolat... qui vient de mon bureau pour me récompenser de mon exploit... et je replonge dans les oreillers pour l'attaquer.
Un petit quart d'heure plus tard, le temps de me mettre en état de sortir de chez moi, nous voilà en route pour Haguenau dans la tuture de Christian, quand je découvre 12 appels en absence d'Iza sur mon portable, suivis d'un interminable message demandand à papi Pilou de se réveiller car la demoiselle manifestait l'envie de se rendre à la gravière en ma compagnie. En dix secondes, on décide de l'embarquer avec nous. "Allô Iza? On va dans un champ près de Haguenau avec Chris, Tef et Karotte, ça te dit de venir?... on arrive dans trente secondes !"
Une fois arrivés à Haguenau, la suggestion émise qu'Iza devait tricoter ses habits avant de les mettre vu le temps qu'elle a mis à sortir de chez elle, la Tef changée et la Karotte récupérée, nous voilà prêts pour nous rendre à l'un de nos squats attitrés, trouvé par hasard lorsque le Pilou décida un jour de jouer au GPS pour retrouver un endroit qui lui plaisait et emmena son petit monde se perdre dans les faubourgs de Haguenau.
C'est là :
Posés au milieu du chemin sur une vieille couverture, s'ensuivent des parties de Jungle Speed endiablée, une session Kiwido, des essais de jonglage, mon premier cours de musique sous forme d'un cours de Darbouka donné à Iza (on passera sur la clarté et la cohérence de celui-ci), un portage de celle-ci sur mon dos suivi d'une course éperdue pieds nus dans le champ qui s'achève en cueillette de fleurs ; un relooking hippie de Karotte
et Doudou
; une attaque hurlante et inopinée de l'innocente demoiselle, partie cueillir des fleurs à son tour, par la machiavélique peluche (qui cache bien son jeu) et des pâquerettes géantes qui l'ont tout autant terrorisée ; un demi coup de soleil sur le bras d'Iza ; Des photos en pagaille (par ici).
Une Karotte déposée chez elle et quelques minutes d'attente dans une pizzéria plus tard, plus un crochet par chez Christian, nous voilà à finir la journée au bord de la gravière, sur notre petit squat herbeux préféré, à nous délecter de pizzas et des derniers rayons du soleil délicieux et bienfaisant de cette splendide journée. 
Après un coucher de soleil comme seule sait nous en offrir notre gravière, la soirée s'est tout naturellement prolongée au Pilouland, avec les mêmes rejoints par Florence, Marie, un bol de fraises et quelques bretzels au Nutella.
(NB : les photos de Karotte, Doudou et Iza sont de Stéphanie, la photographe officielle du Pilouland, et son appareil Lulu. Je les lui ai piquées ici et là, j'espère qu'elle me pardonnera mais elles étaient trop belles)
Samedi 7 avril
Couché pas trop tard pour une fois, c'est vers midi que je me lève, fort raisonnablement. Je passe l'après-midi à la gravière avec Christian, à ramasser des quantités insoupçonnées d'ordures découvertes en débroussaillant, à couper et entreposer du bois pour les feux de camp à venir et à aménager notre petit paradis à nous, les Piloulandais.
Iza , Elodie qu'on avait réussi à faire sortir de sa grotte et Bobo fraîchement débarqué de Lille ont rappliqué chez moi en début de soirée. Une occasion comme tant d'autres d'être ensemble, de parler encore et encore, d'écouter des chansons délicieusement débiles des Fatals Picards et de regarder des clips du même acabit.
Après un petit moment bien agréable à la Casa avec Flo, Seb, Kékette et consorts, Iza et Bobo, qui n'étaient pas d'humeur à rentrer tout de suite, sont revenus se poser chez moi pendant que je jouais au piano de vieilles valses de Chopin et autres morceaux pas ressortis depuis des années, l'éternel Adagio de la Sonate au Clair de Lune, et l'éternelle Valse d'Amélie sur laquelle je me suis laissé aller à improvisant en écoutant Iza deviser sur la vie, l'amour, les gens... j'adore l'écouter parler, Iza. Je réponds dans ma tête, mais je ne dis rien. Je n'arrive pas, ou bien je n'ai pas vraiment envie... qui sait. Tiens, Bobo s'était mis à ronfler. Quelle heure était-il quand ils sont partis, déjà? Plus de trois heures, sans doute.
Dimanche 8 avril
A Pâques, tout le monde est traditionnellement de corvée de famille, je n'ai pas échappé à la règle grand-mère-thune-chocolat et aux deux heures de route dans un siège trop exigu. Heureusement l'éternelle Iza était là pour égayer ma soirée. Mis à part quelques déboires pour faire marcher Moulin Rouge (essayer de nettoyer le divx dégueulasse ramené par Iza, exhumer le mien puis télécharger 15 programmes pour réussir à ce que mon PC puisse lire le format), nous avons observé ce qui est devenu notre rituel quand nous nous retrouvons seuls tous les deux, un lit - un film - un pétard. Seulement vers 23 heures 45, mon téléphone a sonné, et deux minutes plus tard Bobo a débarqué.
Ce film est génial. Innocent et kitsch à la limite de la niaiserie, mais sacrément décalé, et délicieusement romantique.
Ces gens aussi sont géniaux, comme les autres. On se retrouvera tous les trois à Lille dans quelques semaines, ça promet.
Lundi 9 avril
Bien. Demain j'ai cours à huit heures, je suis censé me lever à six, j'ai pas fini mes devoirs et je viens de passer une heure à raconter mon week-end. Et pour couronner le tout j'ai une saloperie de rhume qui va me priver de chorale demain. Qu'importe. Au risque de plagier Tef qui en parle si bien, j'ai envie de parler de tous ces moments insignifiants en apparence mais qui nous font exister au plus profond de notre âme. J'ai envie de parler de bonheur. J'ai envie de parler de ces gens qui ensoleillent ma vie et qui me sont si chers, que je pourrais remercier des millions de fois, et même si on ne se le dit pas souvent - d'ailleurs on n'a peut-être pas tellement besoin de se le dire, sinon ça deviendrait banal, comme un "je t'aime-passe-moi le sel" - j'ai envie qu'ils sachent qu'ils me sont chers, qu'ils sont ma bouée de sauvetage, mon oxygène, mon abri anti-nucléaire (paraphrasons Melquiot, lui qui parle si bien d'amour), et toutes ces expressions débiles mais tellement vraies. J'ai envie qu'ils sachent que la vie sans eux ce serait comme une choucroute sans knacks, comme une tartiflette sans fromage, comme Paris sans sa Tour Eiffel, comme Bischwiller sans sa gravière, comme Elodie qui ne s'aimerait pas, comme un Jungle Speed sans son totem, comme un champ sans fleurs et sans gens qui courent dedans, comme un chef d'orchestre sans orchestre, une bouteille de crémant sans crémant, un sapin de Noël sans décorations, un gâteau au chocolat sans chocolat, un monde sans paradis...
Mon paradis c'est vous. Mon bonheur c'est maintenant, c'est décidé, c'est avec vous... c'est vous.
26 mars 2007
Soirée de printemps... ou pas.
Le printemps nous a fait une bonne farce cette année : après nous avoir
fait croire pendant un mois à son arrivée imminente, le voilà le jour même où
on changeait de saison qui nous fait faux-bond, m'envoyant un paquet de neige
en pleine tronche et un froid glacial quand j'ai ouvert ma porte mercredi
matin. Pendant deux jours il a neigé presque sans arrêt, de cette neige
détestable, molle et presque liquide, qui tombe en bouillie à peine elle touche
le sol et nous fait patauger. Ensuite il a plu, encore et encore plu. l'air
humide et froid, le ciel tourmenté, un poids sur le moral et sur les gens.
Jusqu'à hier après-midi, où j'ai profité d'une accalmie pour enfourcher mon fidèle
vélo pour rendre visite à notre bonne vieille gravière. Que ça fait du bien...
la route déserte, toute droite au milieu des champs, le ciel opaque, gris
blanchâtre, les flaques informes partout dans les champs, le vent dans mes
cheveux, les rangées d'imposants peupliers... J'ai posé mon vélo pour faire quelques
pas dans un pré au milieu duquel trônait un vieil arbre. Un de ces moments simples,
banals mais si authentiques, qui font qu'on se sent vivre. La terre gorgée
d'eau qui cède un peu sous chaque pas, la lumière étrange, à la fois vive et
terne, des jours de grisaille, le presque silence avec au loin la rumeur de
l'autoroute, le vent frais, ma veste bien chaude, l'arbre, son vieux tronc
craquelé et ses innombrables branches encore dénudées... J'ai repris mon
chemin, un chemin de terre presque entièrement recouvert d'eau, jusqu'à la digue
de la gravière qui a encore été refaite. Avec mes pieds et un morceau de
vieille bêche, j'ai entrepris d'aménager des marches dans la pente abrupte. La
gravière était belle sous la lumière hivernale. L'eau est montée encore plus que
la dernière fois, à présent presque toute la plage est sous l'eau ; les
flaques vont jusqu'au pied de la digue, les arbres ont les pieds dans l'eau,
l'eau tranquille et si belle qui reflète la blancheur du ciel. Je me maudis
d'avoir oublié mon appareil photo. J'ai ensuite pris, un peu plus loin, le
chemin plus sauvage qui mène à notre petit squat idyllique sous les arbres qui
a vu tant de bons moments devant un coucher de soleil ou un feu de camp. Un
arbre s'est cassé la gueule en travers du chemin, l'eau est montée d'au moins
quatre mètres, au-delà du foyer, jusqu'à l'endroit où on pose nos couvertures,
il y a des ordures partout. Ca fait peine à voir, il y aura du travail pour
réaménager tout ça. Au retour, entendant un bruit de moteur, je me suis pressé
pour retrouver mon vélo qui traînait sur le chemin... un peu trop pressé, sans
doute. Le chemin détrempé, mes chaussures couvertes de cinq bons centimètres de
boue, un mauvais pas, je dérape, j'essaie de me rétablir, je glisse à nouveau,
je m'écroule avec un "putain d'sa mère" bien sonore, j'entends et
sens ma cheville gauche craquer, je me retrouve étalé dans la boue avec ma jambe
sous moi. Je me relève, j'ai mal, j'essaie de ne pas paniquer, c'est pas grave,
dans deux minutes je ne sentirai plus rien. Je reste à moitié accroupi à me
tenir la cheville, ça fait très bizarre, pas tellement mal mais vraiment
dérangeant. Comme je peux, je boîte jusqu'à la digue. Ca fait foutrement mal
maintenant, je me traîne jusqu'à mon escalier qui est bien foutu, après tout.
Et, sans savoir pourquoi, j'éclate de rire. Je redescends, je récupère mon
vélo, j'essaie d'enlever un peu de boue de mes semelles, et je ris, je ris, je ris.
Un rire qui vient du fond du ventre, du bout des nerfs, un rire bizarre, incontrôlable,
qui me fait presque peur. C'est tellement bête ce qui m'arrive, j'ai tellement
mal, je dois faire deux kilomètres à vélo pour rentrer, je ris à n'en plus pouvoir.
Finalement il faut bien faire, je monte maladroitement sur mon vélo et reprends
la route en sens inverse à petite vitesse. Au bout d'un moment ça ne fait même
plus mal. Et une fois arrivé, je recommence à rire. Effondré sur le sol de la
cuisine à m'étaler de la crème anti-inflammatoire pendant que ma mère cherche
des bandages, je me plains, aïeuh qu'est-ce que ça fait mal, et je ris. Ma
petite soeur me prend pour un taré, et moi j'ai mal, et je ris toujours. Ca
vient comme des sanglots, mais au lieu des larmes de douleur c'est le rire qui
vient me soulager. Dans la douleur on ressent une drôle de jouissance, on se
sent exister, peut-être qu'il y avait un peu de cette jubilation-là dans mon
rire. Va savoir.
Aujourd'hui j'ai toujours mal. Le ciel s'est enfin un peu dégagé. Nous sommes passés à l'heure d'été. Comme d'habitude, je n'ai pas travaillé, même pas rangé mes cours. Je ne suis plus déprimé comme dimanche dernier, mon humeur va et vient, froide et maussade comme le temps, avec de temps en temps une éclaircie ou un rayon de bonheur. Mon rat se promène sur moi, j'adore quand sa fourrure toute douce me caresse la peau. Quand je l'ai reçu il était tout blanc, puis il a viré au jaunâtre, maintenant il devient gris clair. Je l'aime, mon Ubuntu. J'ai sommeil. Je me demande où je vais, cette saleté de sensation de vide est revenue la semaine dernière et ne me lâche plus. Qu'est-ce que je fous là? Faire autre chose n'aurait-il pas été meilleur? Ne suis-je pas en train de passer à côté de ma jeunesse? Le temps file beaucoup trop vite et me donne la nausée, comme le bus de 21h14 conduit par un chauffeur pressé. J'aimerais pouvoir tout vivre, tout savoir, tout expérimenter, tout maîtriser, tout pouvoir. Ce soir je suis faible, j'écris je ne sais trop pourquoi, pour rendre plus claire ma quête de sens, peut-être. On a beau me dire que je réussis tout ce que j'entreprends, que j'ai des amis, que la vie me souris, certes, mais... je sais pas. Je réussis mes études, mais pour aller vers quoi? Est-ce que je ferai plus tard me passionnera comme je l'espère? Parfois tout ça me semble affreusement vain, même si j'aime toujours autant étudier. Quant à mes amis, ils sont ma bouée de sauvetage, quand j'ai l'impression de chuter, penser à eux me retient sur mon chemin. Ils sont infiniment précieux, et parfois je me sens si ingrat envers eux, je m'en veux. Ce sont eux qui donnent du sens à ma vie quand plus rien ne le fait. Si seulement il n'y avait pas ce vide que certains jours rien ne parvient à combler... Seul le pourrait quelqu'un qui partagerait ma vie, mais où trouver cette personne? J'aimerais séduire, être aimé et aimer moi aussi. J'aimerais quelqu'un qui marche à côté de moi tout le temps, autrement que tous les autres gens. Quelqu'un pour qui je sois irremplaçable et qui le serait pour moi aussi. Et pourtant j'ai peur. J'ai envie de m'engager mais pas vraiment, je ne saurais dire pourquoi. J'aimerais pouvoir être totalement indépendant du monde, ou former parfaitement corps avec lui, mais pas cette position intermédiaire, enfin pas aujourd'hui. J'aimerais une étreinte absolue, une fusion parfaite, être l'autre et moi à la fois, être deux et un seul... Je suis perdu.
[♪] Bach, Livre I du Clavier Bien Tempéré : Prélude en mi majeur
18 mars 2007
It's just another rainy Sunday afternoon
Je me suis réveillé à 16 heures ce matin. Enfin, ce matin...
Il pleut, je voulais sortir, respirer, me poser dans un arbre, c'est râpé. La maison est vide, la famille s'est barrée au Luxembourg à l'improviste pour la journée. Heureusement, il y a mon rat, mon chat, mes chiens. Mais même eux ne suffisent pas. Même les amis que j'ai vus hier soir ne suffisent pas. Aujourd'hui il fait vide. Je me sens fatigué et si lourd. Je me demande ce que je fiche là, je me demande où je vais, je cherche un but vers lequel me tendre, en vain. Mon amour viscéral pour la vie, c'est l'amour vache : parfois elle me joue de sales coups. Alors je m'enferme dans une mélancolie douillette, je tape sur mon piano comme une brute, je déchiffre des partitions, j'improvise à n'en plus finir, comme si le son pouvait m'apaiser, ou faire sortir ce mal. Je me fais mal au pouce en tapant trop fort. Je n'ai le courage de rien faire, mon bureau croule sous des affaires à ranger, comme le reste de ma chambre, tant pis; même mon lit n'est pas fait. Aujourd'hui je suis mal à en crever, sans raison, je suis une coquille vide flottant dans une vie vide. Je ne pense à rien de spécial pour ne pas basculer, je préfère encore cette sensation de flottement dans le vide à celle d'une chute libre vers l'abîme. je cherche qui ou quoi pourrait me faire remonter vers la lumière ; mais rien, personne, pas même mon piano, pas même mes amis. Pas même le travail pour me vider la tête, je n'ai pas le courage. Alors je reste là, à ne rien faire ou presque, à traîner bêtement ma déprime, à avoir mal au ventre, mal à la vie. A attendre un miracle. A attendre que les larmes veuillent bien couler, pour une fois, qu'elles me libèrent, les larmes que je voudrais laisser s'échapper mais qui s'accumulent et qui pèsent, qui font si mal. Emilie Simon murmure "Il pleut, c'est malheureux, il pleut" au fond de ma tête. J'écoute du Saez. Le fantôme de l'ado dépressif rôde autour de moi, j'essaie de ne pas faire ressurgir les souvenirs. Je voudrais que le soleil jaillisse. Je voudrais courir, loin, loin, sans m'arrêter, vers des contrées inconnues, je voudrais être seul et crouler sous tous mes amis réunis, je voudrais du nouveau, du renouveau. Quelqu'un qui serait mon printemps. C'est ingrat mais c'est comme ça, parfois ce qu'on a ne suffit plus. Je voudrais être quelqu'un d'autre et moi-même à la fois. Je voudrais me trouver, me connaître, lire en moi comme savent le faire les autres. Je devrais dormir. Demain, j'espère, sera un autre jour.
♪ Saez - God Blesse - Thème I





